Focus sur … Microcollage ’73 de Willem van Genk

L'œuvre de l'autodidacte Willem van Genk (1927-2005) est pour le moins fascinante. Avec une grande imagination et une précision réaliste, il a construit des images que l’on peut interpréter à une multitude de niveaux différents.

21 novembre 2018

Microcollage ’73, Willem van Genk, 1973, huile sur panneau, Collection De Stadshof – Musée Dr. Guislain.
© Microcollage ’73, Willem van Genk, 1973, huile sur panneau, Collection De Stadshof – Musée Dr. Guislain.

Willem van Genk a commencé son travail artistique par des œuvres graphiques, s’est ensuite consacré à des dessins de bâtiments et des villes à vol d'oiseau, puis en est venu à de grands collages faits de papier, d’huile, d’encarts publicitaires et de texte. Ses collages étaient souvent une reprise de dessins et de tableaux précédemment réalisés.

Tout au long de sa vie, van Genk a eu des problèmes qui l’ont régulièrement amené en psychiatrie. Un certain nombre d'expériences traumatiques l’ont profondément affecté, et il a souffert de symptômes associés à l’autisme et la schizophrénie.

Ses internements et le travail monotone qu’il devait exécuter à l’hôpital lui donnaient un sentiment d’infériorité accablant.

En outre, il a été marqué par le livre Geschonden Beeld ("Le créateur schizophrène” en français) du psychiatre Johannes H. Plokker, qui déclare que les malades mentaux ne peuvent pas produire de véritables œuvres d'art. Malgré ces découragements, il a continué à créer de l'art.

Guido Suykens – Entrée du Musée Dr. Guislain.
© Guido Suykens – Entrée du Musée Dr. Guislain.

Microcollage ’73 (1973)

Cette œuvre de 1973 est un bel exemple de l'art de van Genk. La scène montre clairement comment il utilise le langage pour lier les images. Comme dans d'autres œuvres, on y retrouve la présence évidente de son thème de prédilection : le pouvoir. Suite à une expérience traumatisante pendant la Seconde Guerre mondiale, l’artiste a développé une fascination pour les systèmes totalitaires et les structures de pouvoir.

En 1973, van Genk traversa une période très difficile, et se voyait à nouveau interné. Microcollage '73 fait entre autres référence à l'édition anglaise de Geschonden Beeld, l'ouvrage susmentionné du psychiatre Plokker.

Sur la gauche, vous voyez un homme au visage sombre tenant un fusil contre sa tête avec les mots : "J.H.Plokker.Artistic Self-Expression.in.Mental.Disease: Mouton Skilton '62". Le regard du personnage suit une ligne pointillée vers un cercle au coin inférieur gauche.

Dans ce cercle, van Genk a représenté un jeune homme qui reçoit une fessée. Autour de celui-ci se trouve : “Marxist.Hetze. My. Childhood. Yesterday. Osservatöre Romano Bemberg A5 AGT : 88”, référant entre autres à une éducation riche en corrections physiques. En bas à droite du champ, on lit : “Cartoons from a Dutch moron painter”.

Mais tout n'est pas sombre. La peinture contient également des éléments qui ont marqué positivement van Genk : Israël existe depuis 25 ans, la guerre des six jours est terminée, un nouveau livre de M. D. Benno Stokvis (Recht en Slecht), politiquement actif au sein du parti communiste des Pays-Bas, est paru et l'URSS existe depuis 50 ans. (Vous l’aurez compris, van Genk sympathisait avec le communisme, une négation complète des idées avec lesquelles il a été élevé.)

Microcollage ’73, Willem van Genk, 1973, huile sur panneau, Collection De Stadshof – Musée Dr. Guislain.
© Microcollage ’73, Willem van Genk, 1973, huile sur panneau, Collection De Stadshof – Musée Dr. Guislain.

Outsider art

Le musée du Dr Guislain s’est intéressé à l’histoire de la psychiatrie et dans ce contexte, il conserve une vaste collection d’art dit “outsider” ou art brut. Le nom fait référence à une certaine position extérieure de ces artistes qui sont en marge du courant dominant. Leur objectif n'est pas nécessairement de toucher un public, mais plutôt de créer une œuvre artistique personnelle.

Willem van Genk est considéré comme l'un des «maîtres de l'art outsider». Une grande partie du travail de van Genk et l'ensemble de sa bibliothèque font partie de la collection permanente d'art brut du musée Guislain.

Cette bibliothèque montre à quel point van Genk possédait non seulement une grande connaissance de l'histoire de l'art, mais également un nombre important d’ouvrages sur des sujets variés.

Museum Dr. Guislain - Joseph Guislain –  Vue de la salle Hans Langner – Outsider art.
© Museum Dr. Guislain - Joseph Guislain – Vue de la salle Hans Langner – Outsider art.

Quand l’art rencontre l’artiste

Il est important de comprendre que van Genk a principalement travaillé pour lui-même. Il ne donnait pas toujours des titres à ses œuvres.

Être toujours occupé à créer, c’était sa tentative quotidienne pour échapper à ses tourments et donner une direction à ses pensées créatives. Ses œuvres d'art fonctionnaient à la fois comme une sorte de bouclier contre les "conspirations" de l'extérieur, et comme un moyen de se donner une place en tant que "personne à part entière" dans ce qu'il a appelé "l'humanité générale".

Tout ce que van Genk a créé ou rassemblé fait partie intégrante de son œuvre : sa bibliothèque, ses notes, ses récits de voyage, ses dessins, ses peintures et les imperméables qu’il portait presque constamment.

Van Genk considérait ses œuvres comme une part de lui-même.


(Référence Willem van Genk. a marked man and his world = een getekende wereld d’Ans van Berkum,  1998. Editions W Books B.V.)

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