Focus sur… Le costume du médecin de la peste

Dans sa salle consacrée au 17e siècle, l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines expose l’habit étrange associé aux docteurs de la peste de cette époque.

14 septembre 2018

Hôpital Notre-Dame à la Rose - Hospitaal Onze-Lieve-Vrouw met de Roos
© Francis Vauban.

En Europe, la maladie a connu une récurrence et une virulence toute particulière entre le 14e et le 17e siècle. Avec la succession de deux épisodes pesteux au 17e siècle, la région de Lessines n’a point été épargnée. Si l’Hôpital n’a jamais abrité les pestiférés, tenus à l’écart pour éviter la contagion, la crainte du fléau a marqué l’histoire de l’institution et sa collection.

Hôpital Notre-Dame à la Rose © Francis Vauban
© Hôpital Notre-Dame à la Rose © Francis Vauban

Bec de corbin aromatisé

Le costume exposé à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, avec son bec de corbin caractéristique, serait une invention du médecin français Charles de l’Orme au début du 17e siècle. Le long nez courbé était rempli d’aromates (ail, romarin, racine d’angélique), souvent préalablement brûlés pour exacerber leur vertu supposée désinfectante. Cette garniture était censée décontaminer l’air avant inhalation.

La fonction purificatrice de ce masque répond aux croyances de l’époque. On pensait jadis que la maladie circulait par l’air (théorie des miasmes), la décontamination de vapeurs viciées devenant dès lors une étape essentielle pour se débarrasser du fléau. Lors d’une épidémie pesteuse, brûler, parfumer et prier étaient les mots d’ordre. Même le courrier se voyait livré à un exercice de désinfection, les lettres étant perforées puis placées au-dessus d’un brasero afin de ne point ravager leur lecteur.

Au 19e siècle, exit le principe miasmatique et place à la théorie microbienne que nous connaissons. On découvre le bacille de la peste bubonique, transmis à l’homme par la piqûre d’une puce de rongeur contaminé. Une constatation qui révèle toute l’inutilité d’un bec fourni d’herbes, si ce n’est qu’il masquait les odeurs.

Costume anti-infection

Le port d’un long habit en toile ou en cuir, comme celui que l’on voit à Lessines, aurait constitué une protection plus efficace. Limiter l’exposition de la peau réduit le champ d’action des puces et par là, le risque d’attraper la peste, une découverte empirique puisque le vecteur de la maladie n’était pas encore identifié au 17e siècle.

Le modèle exposé à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose révèle un autre attribut de ce costume anti-infection : un bâton ou une canne permettant aux docteurs d’examiner le pestiféré sans le toucher. Certaines sources rapportent que le bâton servait également de moyen de défense en cas d’approche un peu trop insistante de patients désespérés

 Flickr: Tracy, https://www.flickr.com/photos/tracyelaine/3264042469/ – Medico Della Peste - Masque
© Flickr: Tracy, https://www.flickr.com/photos/tracyelaine/3264042469/ – Medico Della Peste - Masque "médecin de la peste" - Masque à bec de médecin. Les masques vénitiens traditionnels, y compris le masque du "docteur de la peste", dans la vitrine du magasin des masques Ca 'del Sol à Sestiere di Castello.

Imaginaire populaire

Si nous savons aujourd’hui que l’efficacité du port d’un tel costume était limitée dans la terrible lutte contre la peste, la silhouette impressionnante de cet inquiétant docteur des temps passés a marqué durablement l’imaginaire populaire : Il Medico della Peste reste l’un des personnages les plus frappants de la Commedia dell’arte, et le masque à bec continue aujourd’hui de faire des ravages… lors du Carnaval de Venise.

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